LA BELLE VILLE DE FRANCOIS ET MANON

Publié par ACT Formation le

François, je te reçois aujourd’hui pour parler de ton projet car tu fais partie de nos anciens stagiaires ACT Formation dans la session réalisateur webdocumentaire. Formation que tu as intégré au forceps si tu te souviens bien. Tu es même allé jusqu’à appeler un élu Régional en charge de la formation pour réclamer une place supplémentaire, puisqu’il s’agit d’une formation financée par la Région Occitanie. En gros je t’ai vu sortir par la porte, puis tu es revenu par la fenêtre !

Pour ma défense c’est vrai que j’avais étudié pas mal de piste pour me former, et c’était un peu ma dernière solution avant de partir en tournage, d’où ma détermination.

Ta ténacité m’a tout de suite plu et j’ai su que toi tu allais concrètement et rapidement mettre à profit ce qu’on avait à t’enseigner ici. Alors avant tout, parle nous de ton projet – ce n’est plus un projet aujourd’hui – mais dis nous quelle était ton idée de départ….

L’idée de départ, on s’est rendu compte que il y avait pas mal de problèmes dans les villes et l’idée était de mettre en face de ces problèmes des solutions et de partager nos découvertes. Donc on a fait plein de recherches, on a découvert qu’il y avait des solutions partout dans le monde qui pouvaient répondre aux problèmes auxquels on doit faire face aujourd’hui et demain. Ça c’était la première étape, la deuxième étape c’était comment on allait partager toutes ces découvertes.

Alors quand tu parles de problèmes dans les villes, à quel type de problème fais-tu référence ?

Les problèmes auxquels on fait face aujourd’hui, c’est des villes dans lesquelles on est de plus en plus nombreux ; on se rend compte qu’on est dans des endroits qui sont pollués, qui sont bétonnés, qui sont pas forcément toujours beaux ; il va faire de plus en plus chaud ; plus du tout de biodiversité – c’est vrai que pour la biodiversité, pour les espèces desquelles on dépend c’est un peu compliqué de passer par les villes, etc., il y a plein de problématiques environnementales mais pas uniquement, même sociétal, on est très nombreux à vivre en ville et pourtant on fait face à des problèmes de solitude chez certaines personnes, de précarité chez d’autres ; des difficultés – on l’a vu avec le confinement – de s’approvisionner en produits locaux, etc., donc il y a pas vraiment de solutions pour bien s’alimenter aussi ou du moins c’est très cher parfois. Donc voilà c’est tous ces petits problèmes et on se dit qu’il faut trouver des solutions pour y faire face.

Oui, donc ça sort largement du cadre strictement environnemental.

C’est bien plus large, globalement c’est améliorer la qualité de vie en fait.

C’est une idée qui t’es venue instantanément, comme un flash, ou c’est une construction intellectuelle que tu as nourri au fur et à mesure ; comment ça c’est passé ?

Je pense que j’avais déjà ça en moi et la COVID nous a encore plus fait réfléchir, on a eu le temps de réfléchir. Le deuxième point c’est que j’étais à Londres à ce moment là et quand on vit le confinement à Londres c’est assez particulier comme c’est une ville qui fait que bouger, voilà , il y a des milliers de restos, plein de sorties, c’est très culturel et tout à coup quand t’enlèves tous ces avantages de la ville et qu’il te reste plus que cet endroit bétonné sans vie et bien on se pose des questions et en plus de ça, après quelques mois, on s’est rendu compte aussi que les taux de pollution descendaient. Avant c’était très pollué, on voit des images de comparaison des grandes villes du monde, on se pose des questions. En très peu de temps la nature reprend ses droits sur la ville, ça donne un peu d’espoir, c’est possible de revenir à ce genre d’équilibre. Donc c’est tout ça qui a fait mûrir cette idée que des solutions existent, qu’il faut agir, faire quelque chose, trouver ces solutions et les partager.

Toi tu as 26 ans, on peut te qualifier de jeune actif, tu es sorti de tes études à quel âge ?

J’avais 23 ans, après mon Master et j’ai travaillé deux ans dans une station de ski et je suis parti une année à Londres pour apprendre l’anglais.

Là tu évoquais la période de a crise Covid qui a était très révélatrice dans ton projet. Avant cela, as-tu eu des expériences qui auraient participé à nourrir cette idée là ?

Non pas vraiment d’expériences à citer mais plus un état d’esprit que je ne sais pas trop comment qualifier mais c’est des sujets qui m’ont toujours touché, faire attention à l’environnement dans lequel on vit, faire attention aux autres aussi, prendre soin de soi, réfléchir à ce qu’on met dans notre estomac. Toutes ces questions sans aller dans l’extrême mais juste avec la conscience qu’il faut quand même faire attention à soi, aux autres et à l’environnement qui nous entoure.



Alors tu n’es pas tout seul, tu travailles avec une petite équipe, tu peux nous la présenter.

Oui en effet c’est une petite équipe puisque on est deux ! Manon Turina et moi-même. On s’est rencontré pendant nos études, Manon était dans un autre cursus lié aux innovations urbaines et partageait la même attache à ces sujets. On a partageait l’expérience londonienne et c’est à deux qu’on a décidé de se lancer dans ce projet. 

Si on regarde votre projet, le retour de la nature en ville, pour généraliser. Aujourd’hui on assiste à un retour du citadin à la campagne, une forme d’exode urbain notamment favorisé par les confinements successifs. Toi tu prônes un peu le contraire, le retour de la campagne au cœur des cités, améliorer l’environnement du citadin. Tu t’appuies sur des statistiques également pour justifier ta cause.

Alors on l’a un peu étudié, c’est vrai qu’il existe un mouvement de recul par rapport à la ville comme métropole, mais beaucoup de citadin s’écartent de la grande ville pour rester en périphérie. Il ne faut pas croire que les citadins retournent massivement à la campagne, cela touche une minorité de personnes. Quant au fait de ramener la nature en ville, c’est un sujet très politisé aujourd’hui, on en parle beaucoup dans les médias, ça vient aussi d’une demande des gens qui veulent plus de nature et ça vient du fait que malgré cet exode dont on parle on sera quoi qu’il arrive de plus en plus à vivre en ville, donc c’est là où les questions se posent : quel sera l’avenir de nos villes, est-ce qu’il sera positif ou pas. En faisant des recherches c’est pas tellement positif et c’est pour ça qu’il faut trouver d’autres solutions.

Aujourd’hui on a pris l’habitude de voir les gens de ta génération prendre le relais des politiques et s’emparer du sujet. Toi, comment tu juges l’inefficacité de l’action politique liée aux problématiques que tu soulèves – est-ce que c’est quelque chose d’inéluctablement selon toi ?Oui je pense que les jeunes ont envie d’autre chose aujourd’hui. Ils l’expriment en manifestant, mais je pense qu’il faut aussi intégrer ce système pour le bouger, donc c’est faire partie de ces grands groupes etc. Il y a l’action politique, mais il y a aussi les actions individuelles et collectives et c’est n peu toutes ces solutions qu’on veut mettre en avant. Dans notre documentaire on a cherché à montrer les solutions qui viennent de l’individu – chez soi qu’est-ce qu’on peut faire, collectivement qu’est-ce qu’on peut faire, en entreprise qu’est-ce qu’on peut faire… Quel type d’entreprise on peut créer pour ramener la nature en ville ou d’autres sujets. Et puis politiquement, quelles sont les décisions à prendre à grande échelle pour faire bouger les lignes. Je pense que ce sont ces quatre leviers là qui feront que ça bouge.

Donc moi je ne crache pas sur les actions politiques qui sont certainement très longues et pas toujours dans l’attente des citadins, mais c’est tous ensemble qu’on pourra faire avancer les choses.

Vous avez levé 16 000 euros de fonds avec votre campagne de crowdfunding. Quels ont été les points forts de cette campagne ?

Qu’est-ce qui a séduit ? D’une part, grâce à ma formation, j’ai fais une petite vidéo de présentation du projet, ce qui est primordial quand on se lance en crowdfunding pour que les gens se rendent compte en 2-3 minutes de ce que l’on propose. Ensuite une certaine attache aux porteurs du projet et puis une communication régulière pour que les gens ne t’oublient pas, leur donner du contenu, les sensibiliser à ta cause. Il faut aussi des récompenses (contreparties) en accord avec le projet.



Ce qui est aussi indispensable est d’engager dans un premier temps une petite communauté qui soit très proche de son cercle personnel, commencer par ce noyau très important pour qu’il puisse s’élargir en touchant d’autres personnes plus éloignées, voire des inconnus.

Alors les moyens maintenant, c’est donc un tour du monde pour réaliser un film de témoignages, une collecte de solutions. Comment avez-vous pris connaissance et sélectionné les individus et leurs initiatives pour établir votre parcours ?

Dans un premier temps, comme tout le monde, sur internet. On a tapé « nature, ville, solution »… Petit à petit on a trouvé des choses très intéressantes. ; on a fait un tableau avec peut-être 200 initiatives, 200 personnes à rencontrer aussi, car au-delà des initiatives ce sont des experts qui ont fait des études sur le sujet et qui apportent leur point de vue. Et de fil en aiguille on nous a conseillé des bouquins, on a commencé à rencontrer en visio des personnes partantes pour nous aider et nous guider dans nos recherches. Au final on a retenu 50 initiatives à partir desquelles on a essayé d’établir un petit scénario, quelque chose de logique à travers toutes ces personnes et ces solutions. C’est vrai qu’après la crise Covid a un peu réduit les possibilités de rencontre, donc on a du faire face à ces contraintes mais on s’en est plutôt bien sorti. On est resté principalement en Europe mais on a pu aller en Amérique.

D’accord. Vous avez rencontré combien de personnes au final ?

Je dirai une trentaine et puis dans le film il n’y aura pas tout le monde.

Vous avez prévu un épisode 2 ?

Non pas pour l’instant.

Quelles ont été les grandes étapes de votre voyage ?

On a commencé par le Mexique, notre première destination. Dans le dur ! Cela a d’ailleurs chamboulé tout ce qu’on avait prévu d’aller voir, une réelle remise en cause. C’était Mexico city, on pensait voir juste un potager urbain en centre ville et en fait on s’est retrouvé dans un oasis de verdure, bien plus qu’un potager, c’était vraiment un lieu d’innovations collectives pour la ville de demain. Je pense que cela fera office d’introduction pour le film. C’étaient des rencontres très touchantes.

Avez-vous rencontré des obstacles majeurs, qu’est-ce qui a été le plus compliqué ?

Non pas forcément. La difficulté c’était surtout la planification du voyage pendant la pandémie et puis le côté technique. On s’est lancé dans un projet de film documentaire sans l’aide du milieu, au départ sans avoir touché une caméra ni pris du son. C’est justement grâce à la formation que j’ai faite qu’on a pu anticiper toutes ces problématiques et faire le moins d’erreur possibles sur place, même si il y en a eu. 


Quelles ont été les plus belles rencontres ?

La plus belle rencontre, en-dehors de cette prise de conscience importante à Mexico ça a été Chicago, notre deuxième destination où on a rencontré un peu le grand-père du développement durable qui est connu dans toute la ville. Son projet nous a beaucoup touché : il collecte les bio-déchets, les déchets alimentaires des restaurants pour en faire du compost et créer des fermes urbaines. Grâce à ce compost il nettoie tout le sol pollué par des années d’artificialisation et donc il fait pousser ses fruits et légumes directement dans ce compost. C’est quelque chose de pas très conventionnel en France, mais c’est une technique qui commence à arriver. Au-delà de son projet incroyable pour Chicago, c’est quand même le personnage qui nous a touché.

C’est une personne de 70 ans qui fait ça depuis 50 ans, qui a une vie incroyable et nous parle d’humanité, de notre place sur terre. Il est aussi philosophe en plus d’entreprendre des projets d’avenir.

Le film va arriver dans combien de temps et comment vous voyez la suite ?

Le film doit sortir en mars-avril. L’intérêt est de partager le film fini en vase clos auprès des partenaires, des gens qui nous ont soutenu. Avant de le sortir en grand public il s’agit de participer à des festivals pour gagner des prix, avoir un retour et voir quelle peut être notre ambition. Après cette année on pourra réfléchir à la diffusion, éventuellement sur Netflix ou sur un site internet personnel selon le degrés de réussite.

Avez-vous un modèle économique qui se dessine suite à cette aventure, un débouché professionnel pour vous ?

Non, pas vraiment. On est sous forme associative et n’est pas rémunéré pour ça. Mais l’intérêt est de porter le film au moins 5 à 6 ans, c’est la durée de vie d’un film.On parle de film on parle aussi d’outil pédagogique pour sensibiliser les gens. On va le diffuser dans les lycées, les collèges, on fera des ciné-actions avec différentes entreprises et associations pour vraiment sensibiliser les gens sur ces thématiques là. Le but c’est pas vraiment de vendre le film mais de le partager au plus grand nombre.


Qu’est-ce que la formation chez ACT t’a le plus apporté ?

Il y a deux choses. La première c’est la partie technique que je connaissais pas du tout. C’est ce que je venais chercher : prise de vue, prise de son, mouvements de caméra. Et puis anticiper les difficultés sur le tournage, créer un dossier de production, un tas d’élément qui nous ont permis de comprendre la réalisation d’un film avec une vision 360° de la chose. Cela nous a beaucoup aidé. La seconde chose et j’aime bien le répéter, c’était aussi une aventure humaine dans une situation un peu particulière. C’était le premier déconfinement qu’on a vécu avec des personnes qui venaient chercher des choses différentes. On s’est retrouvé pendant plus de deux mois dans la même salle et c’était très intéressant de vivre ça.

Pour finir, que peut-on te souhaiter de mieux ?

Que le film soit à la hauteur de nos ambitions, que les gens l’apprécie et qu’il apporte des questionnements, qu’il ouvre les yeux sur ces sujets.

Et pour 2050 ?

Que la Belle Ville se réalise dans toutes les villes du monde.

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